D’enseignants à enseignants

Article Bonus

Mon stage à Madagascar

Si le monde de l’enseignement t’intéresse, tu trouveras une analyse complète de mes journées de stage à Madagascar.

( Retrouve l’article sur mon voyage à Madagascar ici )

Je te détaille tout ce qu’il y à savoir sous plusieurs axes.
Les horaires, – l’organisation du temps scolaire, – le déroulement d’une leçon, – la gestion de classe et – la structure matérielle comme les locaux et l’agencement de la classe. Tu trouvera au dessous une analyse de ces observations.

Comme je l’ai écrit dans l’explication du projet, j’ai repris ces éléments d’un travail qu’on avait dû rendre avec ma duettiste. Donc forcément c’est un peu plus « théorique » que d’habitude. J’ai changé quelques tournures de phrases pour rendre cet article moins formel

C’est parti : 

Horaires

  • Les enfants vont à l’école tous les jours, sauf le week-end.
  • L’école commence à 7 h 30 et se termine à 13 h. Il y a deux grandes pauses dans la matinée.
  • Le lundi et le vendredi, il y a la montée du drapeau. Un chant accompagne cette pratique. Au travers de lectures, on a compris qu’il s’agissait de l’hymne national.
  • Parfois l’école commence plus tard selon la météo. Par exemple, lorsqu’il pleut, les élèves prennent plus de temps à descendre s’ils viennent de la montagne ou ne descendent pas à cause du danger potentiel du chemin.
La cour de récréation de l’école.

L’organisation du temps scolaire

  • Les pauses sont données avec un sifflet et lorsqu’un. e enseignant. e siffle la fin de la pause.
  • Les élèves rentrent dans les classes seules et les enseignant. e. s arrivent plus de 5 minutes après. Il y a une grande autonomie de la part des élèves.
  • Chaque semaine en autogestion, les élèves doivent nettoyer la classe avec de grandes feuilles d’arbre.
Une des classe à qui j’ai pu enseigner.

Déroulement d’une leçon

  • L’enseignement n’est quasiment que frontal, l’enseignante parle, les élèves répètent, puis ils recopient leur leçon dans un cahier. Il y a beaucoup de restitution.
  • Aussi, les élèves sont très silencieux et ne prennent que très rarement la parole.
  • Les cours fonctionnent souvent selon un même plan :
  1. Rappel du connu, de ce qui a été fait la fois précédente
  2. Annonce de ce qui va être travaillé
  3. Énonciation de la théorie par l’enseignant. e à l’oral
  4. Travail de la théorie avec un exercice en commun
  5. Exécution des exercices à faire individuellement
  • On a observé que plusieurs fois la maîtresse de classe recopie un texte à trous au tableau ce qui lui prend 15 minutes et les élèves attendent sagement à leur place. Puis, ils le copient à leur tour et un autre quart d’heure s’écoule. Lorsque ces derniers doivent passer à la réalisation, aucune question n’est posée.
  • On a pas pu observer les transitions entre les leçons ou on ne les a pas comprises explicitement. Nous comprenions après quelque temps que la matière était différente.
  • On est parfois passées dans les rangs pour observer le travail effectué des élèves. Lors d’une leçon de mathématique, on a remarqué que les calculs de la plupart des élèves étaient faux. On a attendu la correction de l’enseignante puis on a compris qu’elle n’en a pas proposé.
Les enfants qui jouent pendant la récréation.

Gestion de la classe

  • Les enfants sont très silencieux. L’enseignant. e ne fait pas beaucoup de discipline. En revanche, lorsque les élèves répondent faux à une question de l’enseignant. e, ils doivent venir au-devant de la classe pour faire une danse. Certains lèvent la main, disent n’importe quoi et demandent à pouvoir venir danser.
  • Après avoir donné les indications de réalisation d’exercices, l’enseignante attend à son bureau que les élèves terminent. Lorsqu’elle remarque que les derniers semblent avoir fini, elle leur demande de fermer les cahiers et elle passe à la leçon suivante ne corrigeant pas immédiatement les exercices qui ont été mal réalisés chez la plupart des élèves. Il est arrivé que l’enseignante remarque que les élèves ne comprennent pas ce qui était demandé de faire. Dans ce cas-là, elle traduit l’exercice en entier et si le doute persiste elle finit par donner les réponses.
  • Il y a deux langues d’enseignement, le français et le malgache. On nous a expliqué que la majorité des branches devraient être enseignées en français, mais la réalité est très différente. Il y a énormément de traduction faite par l’enseignant. e pour que les élèves comprennent et sachent répondre aux exercices proposés. Cependant, les enseignant. e. s n’étant pas totalement bilingue, on a observé que la traduction proposée est souvent fausse.
  • Le mardi on est allé au marché avec l’enseignant qui nous accueillait. Il a confié sa classe à une autre enseignante qui gérait sa classe en même temps. On ne sait pas comment elle a fait, car on imagine la complexité de la tâche. Surtout que les classes peuvent avoir une quarantaine d’élèves alors que les locaux ne sont pas plus grands que quarante mètres carrés.
Une des enseignantes malgaches donnant une leçon à sa classe.

Structure matérielle

(locaux, agencement et aménagement de la classe)

  • Les classes sont séparées par un rideau et parfois les enseignant. e. s lèvent le rideau pour donner un cours commun.
  • Un manuel scolaire est à se partager entre plusieurs élèves. La plupart du matériel est utilisé par l’enseignante.
  • Ils utilisent parfois des ardoises pour les travaux de groupe.
  • Nous avons apporté le matériel pédagogique et lorsqu’on l’a présenté, la directrice l’a enfermé dans son armoire. Quelques jours plus tard, certaines enseignantes nous ont sollicitées pour aller lui demander de partager ces manuels avec elles.
  • L’établissement comporte une vue imprenable depuis la «salle des maîtres» que les enseignant. e. s utilisent durant les pauses. C’est une sorte de cabane ouverte entourée de bancs en pierres.
Voilà la vue depuis la petite cabane qui est l’équivalent de notre salle des maîtres.

Analyse 

On a pas voulu porter de jugement personnel sur les pratiques enseignantes malgaches mais on va revenir sur un point important que que l’on a constaté. L’utilisation d’une grille d’observation nous a aidé à concentrer notre regard sur certains éléments en particulier. Pourtant, quand on discute de ces observations, on a remarqué qu’on relevait des éléments qui n’apparaissent pas dans nos façons d’enseigner. Forcées de constater que pour analyser une nouvelle culture, nous sommes obligées d’utiliser la comparaison avec notre société. On a essayer alors de rester le plus neutres possible, mais les éléments relevés reflètent les principales différences avec ce que nous sommes habituées à côtoyer.

J’ai dit plus haut que la correction d’un exercice effectué de manière incorrecte par la plupart des élèves n’a pas été corrigée avant de passer à une autre leçon. On a pas été suffisamment longtemps sur place pour observer si cet exercice a été corrigé lors d’une prochaine leçon. Cependant, on a relevé que l’institutionnalisation des savoirs est construite et menée par l’enseignant. e. Dans notre didactique, nous avons appris que les enfants doivent prendre part à la discussion et être actifs pour permettre l’encrage des savoirs (Clerc & Kappeler, 2017).

On a voulu voir si le fait que l’enseignant. e soit le.la seul. e à diriger cette partie de leçon les élèves retiennent quand même les savoirs en jeux. Or, on a pu constater que les élèves n’arrivaient pas à contextualiser ce qui était à apprendre. Par exemple, quand on leur posait une question pour laquelle ils avaient passé une bonne partie de la matinée à répéter la réponse, ils étaient incapables de comprendre la question de base. Ils ont donc retenu la formulation d’une réponse sans comprendre la question à laquelle ils répondaient. Ce n’est qu’un exemple, mais nous pouvons alors émettre l’hypothèse que les enseignant. e. s manquent de ressourcent en matière de didactique effectuée par des spécialistes.

Deuxièmement, ce que l’on vient d’exposer nous permet de faire un lien avec le matériel que l’on a apporté sur place. En effet, on nous a demandé d’organiser une leçon en utilisant ce qu’on avait apporté, car le corps enseignant n’avait aucune idée de comment réinvestir tout ce matériel. L’année avant nous, d’autres suissesses étaient venues dans le village et avaient également apporté du matériel scolaire. Cependant, on a remarqué que personne ne l’utilisait.

Troisièmement, suite à ce constat, on voulait proposer une piste pour donner le meilleur rendement possible à ces outils didactiques apportés sur place. On trouve qu’il serait pertinent de demander aux futurs participants de ce module de rechercher des manuels qui permettent un alignement curriculaire avec le plan d’étude malgache. Donc si tu es un futur étudiant de ce module n’hésite pas à me demander et je t’enverrais avec plaisir des photos de ce dernier. Où si simplement ça t’intéresse d’y jeter un oeil demande-moi avec plaisir. 

Je n’ai malheureusement pas le manuel en entier mais il faudrait demander à un collaborateur sur place de fournir un de ces plans d’études. En fonction de celui-ci, on pourrait alors chercher des manuels qui permettent de travailler ces exercices. Comme le voyage se déroule pendant la période de semaine bloc de stage en Suisse, il serait intéressant de proposer aux futurs étudiants de soumettre un déroulement de leçon ou de séquence à l’aide des manuels qui seront apportés. Cette préparation pourrait alors faire un objet de discussion à avoir en séminaire. Ensuite, il serait intéressant de constater l’écart entre le prescrit et ce qui a été réellement effectué.

Je trouve pertinent de proposer cette idée, car on a été navrées de ne pas avoir pu montrer tout le potentiel des manuels que nous avons apporté. En plus, ça demande du temps et de l’organisation pour apporter tout ce matériel sur place alors je trouve dommage que le corps enseignant ne puisse pas l’exploiter.

Dis moi ce que tu as pensé de cet article ou de ce qu’il t’a inspiré.

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